cx

L'armée américaine, coté Noirs

LE MONDE | 23.10.08 | 17h30

14 février 1918, Tinqueux (Marne). L'orchestre militaire des Harlem Hellfighters donne un concert sous la direction du lieutenant James Reese Europe (dernière image), un pionnier du jazz. Dans la salle, le général Gouraud, alors commandant de la IVe armée, salue une infirmière.

La plupart des 370 000 Noirs du corps expéditionnaire américain, arrivé en France en 1917, sont assignés à des unités de soutien, l'état-major américain refusant de les armer et de les envoyer au combat. Deux régiments sont placés sous comman-dement français et avec l'uniforme des " poilus " – dont le 369e d'infanterie, les Harlem Hellfighters, qui libéreront Séchault (Ardennes). 171 membres du régiment sont décorés de la croix de guerre. Ils seront célébrés sur la Ve Avenue de New York à leur retour. Durant l'année 1919, 83 Noirs seront lynchés aux Etats-Unis, dont 11 soldats.
Alexis Munteanu


Témoignages, paroles du passé...
LE MONDE | 08.11.08 | 14h45  •  Mis à jour le 09.11.08 | 10h49

Rosa Parks, pionnière de la lutte pour les droits civiques qui, le 1er décembre 1955 à Montgomery, dans l'Alabama, refusa de céder sa place à un Blanc dans un autobus :

"Enfant, je pensais que l'eau des fontaines pour les Blancs avait meilleur goût que celle réservée aux Noirs (...). Nous n'avions d'autre choix que d'accepter ce qui était notre quotidien, un très cruel quotidien. Le bus fut un des premiers éléments par lesquels je réalisai qu'il y avait un monde pour les Noirs et un monde pour les Blancs (...). Ce jour de décembre 1955, les gens ont cru que je n'avais pas cédé ma place parce que j'étais fatiguée. Ce n'est pas vrai. Je n'étais pas fatiguée physiquement, j'étais surtout fatiguée de devoir capituler (...). Il faut toujours faire ce que l'on croit juste..."

James Meredith, premier étudiant noir à être entré à l'université du Mississippi, en 1962 :

"Les gens me disent : "Vous êtes à l'université du Mississippi et c'est l'essentiel"(...), mais qu'une université compte un Noir parmi ses étudiants ne signifie pas que l'intégration y a été réalisée (...). Que des étudiants préfèrent ignorer ma présence et ne pas communiquer avec moi, c'est leur droit. Mais qu'ils prétendent interdire à quiconque de m'aborder ou de m'adresser la parole, c'est intolérable. Je suis peut-être le Noir le plus seul au monde (...).

Dans l'entrée de mon petit appartement, à l'université, des soldats campent pour assurer l'ordre. Chaque fois que je me déplace, un agent fédéral m'accompagne (...). Je ne poursuis pas des études brillantes. Mon grand but, ici, est d'ouvrir le chemin au Noir moyen (...). Le Noir doté d'une intelligence supérieure a parfois réussi à s'imposer à force de travail. Mais les autres ? Malgré tout, je ne reste qu'un être humain qui a ses propres problèmes. Vaut-il la peine de demeurer à l'université quand ma famille doit faire face à des tentatives d'intimidation ?

Mon père est âgé de 71 ans. Il a travaillé toute sa vie, a payé toutes ses dettes, c'est un bon citoyen - mais il ne peut dormir en paix la nuit par crainte d'un attentat. Il n'a pas été à l'université ni n'a combattu pour l'intégration. Cependant, une nuit, un coup de fusil a retenti, quelqu'un a fait feu sur sa maison. Notre système juridique est ainsi conçu que de pareils forfaits peuvent encore se produire. N'est-il pas tragique que les Blancs hostiles à l'intégration soient tombés si bas !"

Les athlètes noirs Tommie Smith et John Carlos, qui, aux Jeux olympiques de Mexico en 1968, ont tendu le poing sur le podium olympique :

"Nous sommes noirs et fiers de l'être. L'Amérique blanche ne nous reconnaît qu'en tant que champions olympiques, mais l'Amérique noire a compris pourquoi nos poings gantés de noir étaient levés vers le ciel (...).

Quand nous sommes montés sur le podium, on nous a applaudis comme si nous étions des animaux ou des chevaux de course, mais nous ne sommes pas des animaux qui ne savent pas réfléchir après une course... Quand nous avons levé le poing, nous avons entendu des tas de Blancs nous huer. Mais nous ne sommes pas de braves garçons ou de braves animaux que l'on récompense par des cacahuètes !"

Le quadruple champion olympique noir Jesse Owens, à Berlin en 1936, interrogé en 1968 sur l'affaire Smith-Carlos :

"Les Blancs ne peuvent pas savoir ce que nous ressentons.

Jamais, quand vous aviez faim, on ne vous a dit, à l'entrée d'un restaurant, que vous ne pouviez y être admis.

Jamais vous n'avez vu votre femme, pendant les vacances, s'entendre refuser une chambre dans un hôtel où il y en a pourtant beaucoup de libres parce que cet hôtel n'accueille pas les Noirs.

Non, vous ne pouvez pas savoir, vous ne pouvez pas comprendre cela, si vous n'êtes pas un "Nègre" !"